Un texte de l’Observatoire Philosophique et du Front Commun pour la Philosophie avant la « RIEMS », deux groupes d’enseignants mexicains qui luttent contre la disparition de la philosophie aux programmes du secondaire et du supérieur suite à une réforme du système éducatif inspirée de Bologne et des directives de l’OCDE.
AUX TÊTES PENSANTES DU MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION PUBLIQUE, À L’ENSEMBLE DE LA COMMUNAUTÉ UNIVERSITAIRE, À TOUS LES PROFESSEURS DU SUPÉRIEUR, À L’OPINION PUBLIQUE
DÉCLARATION CONTRE LA DISPARITION DE LA PHILOSOPHIE À TRAVERS LA RÉFORME DE L’ÉDUCATION PUBLIQUE
L’ensemble de la communauté universitaire est très préoccupée par la disparition de la philosophie dans les parcours et les programmes d’études des institutions d’enseignement supérieur de tout le pays, comme établie dans la « Réforme Intégrale de l’Enseignement Secondaire et Supérieur » [« Reforma Integral de Educación Media Superior »] (RIEMS), publiée le 26 septembre 2008 au Journal Officiel de la Féderation, via le décret 442.
Cette réforme cherche à unifier et rationaliser l’ensemble des systèmes en vigueur, à partir de ce qu’ils appellent des « compétences et qualifications », dans le but de former des individus qui s’intègreront sur le marché du travail national, dans le cadre de la « mondialisation ». Dans la RIEMS, la philosophie se retrouve éliminée des disciplines de base, et le seul rôle qui lui est assignée est exprimée dans une note de bas de page du décret déjà mentionné, où il est déclaré qu’elle aura un « caractère transversal » et « pourra être incluse si cela est considéré pertinent », c’est à dire d’une manière évidement aléatoire et discrétionnaire. Ainsi, les humanités ne sont plus considérées comme éléments de base dans la formation des étudiants, en ne considérant comme indispensable et suffisantes, que les mathématiques, quelques sciences naturelles, et d’autres pratiques du domaine de la communication.
Il est évident que les orientations générales de cette réforme proviennent des indications de l’OCDE et des accords de Bologne dans l’Union Européenne, et ne sont pertinents pour notre pays, qui devrait réaliser une réforme éducative prenant en compte sa propre histoire et ses caractéristiques en tant que nation. De même, les critiques qui ont surgies en Europe contre le Plan Bologne devraient être interprétées comme un avertissement par les auteurs de cette réforme. Aussi, le gouvernement mexicain ne devrait pas aller à l’encontre des principales orientations de l’UNESCO, organisme qui a justement réalisé des efforts universels dans un sens opposé, c’est à dire pour que la philosophie, de part son caractère humaniste, ne soit pas seulement enseignée pour le baccalauréat, mais à tout les niveaux de la société. L’UNESCO, dont fait partie notre pays, et qui approuve ses résolutions, a exposé de manière claire à travers ses documents, que la philosophie contribue à la formation citoyenne, au respect multi-culturel, aux droits de l’Homme, à la réflexion critique et à la démocratie, objectifs que fait valoir, tout du moins en apparence, la REIMS.
Depuis la « República Restaurada » et jusqu’à aujourd’hui, la philosophie a été un des principes directeurs qui guidait les parcours et les programmes d’études du baccalauréat. Cependant, aujourd’hui et pour la première fois, il a été décidé, sans consultation, d’éliminer les matières philosophiques en commençant par la logique, qui depuis Gabino Barreda, permettait de fournir aux étudiants les éléments nécessaires pour la production d’un raisonnement correct. De la même manière, on peut largement démontrer l’importance et la nécessité des autres disciplines comme l’éthique, l’esthétique, la théorie de la connaissance ou l’histoire de la philosophie comme étant essentielles pour la formation des étudiants. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces disciplines contribuent à ce que toute personne joue un rôle meilleur et ce dans n’importe quelle activité.
L’enseignement de la philosophie implique le développement d’une formation qui a pour résultat la formation de citoyens au raisonnement critique, autonome et réfléchit. Ce premier contact, malheureusement quasi-unique, des jeunes avec la réflexion philosophique, les rend plus conscients d’eux mêmes et du monde dans lequel ils vivent, et leur permet une vraie éducation des valeurs face à la corruption, les inégalités extrêmes, la discrimination et l’ignorance.
La nouvelle réforme de l’éducation publique, concentrée vers une administration techno-utilitariste, porte atteinte à ce type de formation, dans un monde où les tendances principales sont le productivisme qui a mené à la destruction des systèmes écologiques, à l’automatisation et ses effets, aux inégalités, à la crise des valeurs, et à la transition vers une nouvelle forme de monde.
Pour toutes ces raisons, les signataires ci-dessous, Professeurs et chercheurs émérites, Présidents d’associations philosophiques nationales, directeurs d’universités, de départements, et d’instituts de philosophie, et membres de la communauté nationale de philosophie, nous nous prononçons, de manière énergique, contre la marginalisation et la disparition de la philosophie en tant qu’élément de base du baccalauréat, et nous sollicitons du Ministère de l’éducation son intégration comme discipline de base. Ne pas adopter cette mesure, en plus de la grave absence de formation humaniste des étudiants, mènera inévitablement à la disparition des études de philosophie dans tout le pays, causant un tort profond à la culture et à la vie nationale.
La communauté nationale de philosophie n’est pas contre le fait de former toute personne au niveau le plus élevé de ses compétences et qualifications, mais considère en même temps comme absolument nécessaire une formation philosophique pour arriver à ce but.
Nous faisons demandons aux institutions de l’éducation supérieur du Mexique, aux associations professionnelles, aux écrivains, scientifiques, artistes et à toute les personnes intéressées, de signer cette déclaration en utilisant la page web de « l’Observatorio filosófico ».
Mexico, le 30 mars 2009
>
Site de référence